Lettre à ma Petite Sœur.

Ma chère Olive,

Par un soir de Mars 2001, je me suis agenouillée devant la représentation de Notre Seigneur, tu sais, celle qui était à la fin du couloir. Je me suis agenouillée, du haut de mes cinq ans, pour prier de mots d’enfants. Maman, ce soir-là, n’était pas à mes côtés. Papa était très agité. Le bébé arrive, a t-il dit! Et Morphée nous a tous abandonnés dans la maisonnée. Le bébé arrive, a t-il dit. Je me suis agenouillée, et j’ai prié pour une sœur. Ton grand frère me saoulait déjà assez avec sa manie de détruire toutes mes poupées pour chercher, prétextait-il, la voix qui y chante. 

J’ai demandé une petite sœur, et j’ai été exaucée. Tu es née, un peu boulotte, une bouche gourmande, et un regard fouineur. Tu es boulotte, friande et très fouineuse, je le découvris par la suite, désespoir à la clé. Mais j’avais une sœur, et c’était suffisant. J’ai bien été obligée de te céder une place dans le cœur des parents, une place dans mon lit; une place dans ma vie, j’ai dû dégager pour t’aimer.

Olive, je me demande si ce n’est pas à cause de toi que j’adore ces petits fruits rondelets, que beaucoup semblent déprécier. Je n’ai pas eu l’existence facile à tes côtés, depuis le jour où tu t’es découvert une bouche et des opinions. De nombreuses fois, on en est arrivées aux mains et aux pieds. De très nombreuses fois, tu te faufilais dans ma chambre pour fouiner et me découvrir. Je n’ai jamais été facile à saisir, et je ne t’ai pas toujours laissée entrer dans mes pensées, je m’en excuse. De nombreuses fois, on s’est ignorées  mais on s’est toujours aimées, complices et bénies. Très différentes l’une de l’autre, on a quand même su être proches à notre manière. Les olives sont amères sur la langue mais changent de goût une fois dans l’arrière, et tu es ainsi. J’ai appris avec toi à assumer mon rôle d’aînée, mes responsabilités en avant, et des fois, mes droits après. 

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Dans quelques jours, tu auras 14 ans, l’âge des découvertes, tant charnelles qu’humaines. Je ne suis plus présente, pour t’en coller une et te rééquilibrer les sens et j’en suis désolée ma chère moitié, mais La Dragonne est là. Elle ne crache plus autant de feu, elle n’est plus aussi vive mais ses conseils sont toujours aussi justes. Mère m’a appris, moins par les mots que par l’exemple, que l’une des plus grandes richesses d’une femme sont ses convictions et ses volontés. Tu apprendras qu’être convoitée n’est pas une porte ouverte aux libertés et aux oublis. Tu auras beau être chantée belle, étincelante et « opérationnelle », tu as le devoir de te crier fière. Sois fière, ma chère, sois fière dans tes « arrogances » et dans ta dignité. Que nulle main ne passe et ne repasse sur toi sans avoir été certifiée et accréditée. Que nulle copine, que nul faste, que nulle « popularité » ne te détournent de ton éducation et de tes études. C’est peut être frustrant de ne pas se voir prisée par tous ces garçons aux boules lourdes, mais c’est humiliant de finir jeune, et un peu trop grosse. Sache que tu portes un prénom mais que tu brandis un nom, qui ne doit ni être sali ni être piétiné. J’aurai bien voulu te dire: Les études, et rien que les études. Mais ce serait te mentir. J’ai la sensation, je l’avoue, d’avoir manqué à quelque chose, d’avoir laissé passer quelque chose. La dernière fois, je me suis vue assister pour la première fois de ma vie à une journée culturelle. C’était pour la fête de ton école en plus.  C’est triste, et en plus, je n’y aurais pas été, si ce n’est le hasard. Amuse toi donc mais aime tes cahiers. Aime aussi la vie et ce qu’elle t’offre de meilleur comme de pire. Autrement, tu finiras comme moi, trop jeune et un peu trop cynique. 

Cette lettre est ouverte au monde, pour toutes ces petites filles, plus jeunes que moi, toutes ces petites sœurs, qui sans repères se perdent et m’exaspèrent. Les parents ne savent pas toujours ce qu’on fait de nos  »sorties », mais la vie le sait. Et elle le fait toujours payer.

Ma chère enquiquineuse, tu es un Homme, pas une chèvre. Tu es un Homme, et pas une feuille: Confiance, et Raison. Crée toi et crois-toi. C’est la formule magique. Elle est à utiliser dans les limites du respect d’autrui et de soi. Ne l’oublie jamais. 

J’achève, en te priant de cesser de me donner des complexes…tu es trop sein-cère chérie.

Chère Olive, garde ta tête froide et haute, et vis jusqu’à la dernière goutte.

Je ne serai pas là le jour de ton anniversaire pour te dire mes vœux, mais voilà mes mots. Ils sont ce qui me fait. Mais, même absente, et tu le sais, je serai toujours là, pour être tes pieds et tes mains quand tu tomberas, 

De tout mon cœur,

                                                                                                                                               MMF

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15 réflexions sur “Lettre à ma Petite Sœur.

  1. This text is so powerful. I am short of words. You said it all, all I needed to be told 15 years ago, all I needed to be told to never go astray, all I needed to know to honor the name both my parents gave me, their name. I am surprised to be in such an awe before someone of such a young age. I wish you to know that I am proud and satisfied that young women like you are here to hold the torch for people their age to follow them. You are an inspiration.

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  2. Je jalouse ton style. Le choix des mots, la façon dont cela se lit aisément. Très bon conseils de grande soeur. Bientôt re-bloguer sur educ fille-mère et développement. Je crains (je l’avoue) de ne pouvoir rendre honneur à un style pareil. Tu m’en excuse d’avance.

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  3. Très belle écriture, ma chère, tu as un style que j’ai plaisir à lire. A la fois sensuel et poétique sans être dans la sublimation et dans l’incompréhensible. J’aime
    Toutefois je souhaiterais que tu te penches à nouveau sur certaines phrases, il me semble y a avoir entrevu quelques petites fautes de frappe.

    Je me suis agenouillée, et j’ai priée pour une sœur.
    Que nulle copine, que nul faste, que nulle « popularité » ne de détournent de ton éducation et de tes études.
    mais c’est humiliant de finir jeune, et (je crois qu’il y a un « un » manquant ici) peu trop grosse
    Je ne serai pas là le jour de ton anniversaire pour te dire mes vœux, mais voilà mes mots. Ils sont ce qui me font.

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